Ce qu'on appelle violence, ce n'est rien. La séduction est la véritable violence. [Gotthold Ephraim Lessing]
Je me souviens... je me souviens, ce devait être le deuxième jour que je travaillais là... Le mois de septembre était ensoleillé et toutes les terrasses étaient sorties, et il était là, assis à une table devant laquelle je passais à chacune de mes allées et venues, avec deux autres collègues que j'apprendrai à connaître par la suite. Je me rappelle m'être sentie mal à l'aise par leurs regards insistants, je me rappelle qu'à chaque occasion ils m'appelaient pour me demander l'une ou l'autre chose: un café, un jus de melon, mon prénom, bientôt même le nom de mon chien... Il était là mais lui seul ne disait rien et pourtant, oui pourtant j'ai appris par la suite qu'il n'était certes pas le moins intéressé des trois...
Je me souviens d'un autre jour, un après-midi où il était à nouveau en terrasse, mais seul cette fois... J'étais venue, souriante, comme à mon habitude, et lui avais demandé ce qu'il désirait... Il désirait un café (avec deux laits, eh oui...) et il voulait aussi deux chiffres... Deux chiffres de moi pour gagner le gros lot... Mais le gros lot ce sera moi, même si en cet instant nous en sommes encore loin...
Il était le plus beau de tous ceux qui travaillaient là. Petit à petit, au fil de nos journées de travail en commun, j'ai appris à connaître les traits de son visage, ses yeux, sa peau couleur café, et son sourire, ô ce sourire... Combien de fois ne l'ai-je pas taquiné sur sa façon si particulière de sourire, d'abord d'un côté seulement (vers la gauche, toujours) pour ensuite s'étendre en un grand et irrésistible sourire, renforcé par ce regard sombre et profond sous lequel je me sentais fondre à chaque instant...
Avec le temps, j'ai aussi appris à le connaître lui, et s'il est vrai que j'ai rapidement senti son attirance envers moi, de mon côté je me suis appliquée à ne rien laisser paraître. Je ne voulais rien savoir à ce moment, et je sentais que même s'il me plaisait, nous n'étions pas faits pour être ensemble. Alors il jouait toutes sortes de jeux de séduction et tentait par tous les moyens de savoir enfin s'il me laissait réellement indifférente ou s'il n'en était rien... Si seulement il avait su en cet instant, je pense qu'il n'aurait fait qu'une bouchée de ma petite personne... Je sentais le danger qu'il représentait, je savais qu'il ne voulait rien de sérieux, je savais qu'il avait l'habitude de plaire et que le mur d'indifférence que je lui opposais devenait presque un défi à ses yeux... Il n'avait jamais eu l'habitute de courir après une fille, et je pense qu'il aurait aimé pouvoir m'envoyer tout simplement balader, mais apparemment ce n'était pas si simple...
Ensuite il n'a plus travaillé la journée, et nous ne nous croisions que quelques instants au moment où l'équipe du jour laissait la place à celle du soir. Je me souviens pourtant d'une après-midi où il était en congé et qu'il a pourtant passée au C., sans but précis. Il s'était attablé à l'extérieur, et m'a même envoyé chercher parce que je ne sortais pas assez souvent à son goût. Mmh la petite victoire intérieure que ces mots ont provoqué chez moi... Et pourtant je n'en ai rien laissé transparaître, je me suis contentée d'aller jusqu'à lui et de lui dire que s'il voulait me voir il n'avait qu'à se bouger lui-même et s'installer à l'intérieur. Mais jamais je n'aurais pensé qu'il le ferait. Et pourtant si. Considérant le petit jeu de "je m'en fous - moi aussi" que nous jouions tous les deux (lui moins bien que moi, il faut l'avouer), cette capitulation m'avait laissée sans voix. Je me souviens avoir terminé la journée sur un petit nuage intérieur que je me suis bien entendu appliquée à camoufler.
Il y avait aussi les mardi. Ce jour-là, je ne travaillais pas, et je terminais les cours à 18h15. Lui commençait son service à 18h. Alors, avant d'aller prendre le train pour rentrer sagement chez moi, je passais quelques instants au C., soi-disant pour aller voir une amie qui travaillait elle aussi ce soir-là, mais en réalité je passais le plus clair de mon temps près de lui - à ce moment il était au bar. A cette heure-là, le café était calme, et si le patron n'était pas dans les parages, nous avions quelques minutes pour rire et se taquiner, lui jouant le Chicho et moi l'indifférente. C'est à ces moments-là qu'il me faisait manger des olives. Ah les olives... Il les embrochait sur un cure-dents et m'empêchait de les prendre moi-même. C'était lui qui devait me les mettres en bouche, sinon je devais m'en passer. Malheureusement, il a vite remarqué qu'à chaque fois qu'il tendait l'olive pour me la donner, je sortais le bout de la langue pour l'attraper - ça paraît étrange mais il semble qu'inconsciemment j'aie une relation sensuelle avec la nourriture, je vous passe les "mmmh" orgasmiques quand je mange de la mousse au chocolat, encore plus frustrants que je ne parviens pas à les contrôler, pour le plus grand bonheur de ma meilleure amie qui s'étouffe de rire à mes côtés... Je disais donc qu'il a vite fait de remarquer ce tic qui lui plaisait, il faut l'avouer, au plus haut point. Il s'amusait donc, le regard pétillant, à rapprocher l'olive de mes lèvres pour l'en éloigner au dernier moment, ne cédant que lorsque je faisais finalement mine de m'en aller par dépit. Ces moments, mis par écrit, semblent si futiles, et pourtant c'était pour moi quelques minutes de bonheur après une journée épuisante... J'aimerais tant revenir en arrière, et me trouver là à nouveau, de l'autre côté du bar, sentant qu'il me voulait, et refusant de lui donner ce qu'il désirait...
Je me souviens d'un autre jour, un après-midi où il était à nouveau en terrasse, mais seul cette fois... J'étais venue, souriante, comme à mon habitude, et lui avais demandé ce qu'il désirait... Il désirait un café (avec deux laits, eh oui...) et il voulait aussi deux chiffres... Deux chiffres de moi pour gagner le gros lot... Mais le gros lot ce sera moi, même si en cet instant nous en sommes encore loin...
Il était le plus beau de tous ceux qui travaillaient là. Petit à petit, au fil de nos journées de travail en commun, j'ai appris à connaître les traits de son visage, ses yeux, sa peau couleur café, et son sourire, ô ce sourire... Combien de fois ne l'ai-je pas taquiné sur sa façon si particulière de sourire, d'abord d'un côté seulement (vers la gauche, toujours) pour ensuite s'étendre en un grand et irrésistible sourire, renforcé par ce regard sombre et profond sous lequel je me sentais fondre à chaque instant...
Avec le temps, j'ai aussi appris à le connaître lui, et s'il est vrai que j'ai rapidement senti son attirance envers moi, de mon côté je me suis appliquée à ne rien laisser paraître. Je ne voulais rien savoir à ce moment, et je sentais que même s'il me plaisait, nous n'étions pas faits pour être ensemble. Alors il jouait toutes sortes de jeux de séduction et tentait par tous les moyens de savoir enfin s'il me laissait réellement indifférente ou s'il n'en était rien... Si seulement il avait su en cet instant, je pense qu'il n'aurait fait qu'une bouchée de ma petite personne... Je sentais le danger qu'il représentait, je savais qu'il ne voulait rien de sérieux, je savais qu'il avait l'habitude de plaire et que le mur d'indifférence que je lui opposais devenait presque un défi à ses yeux... Il n'avait jamais eu l'habitute de courir après une fille, et je pense qu'il aurait aimé pouvoir m'envoyer tout simplement balader, mais apparemment ce n'était pas si simple...
Ensuite il n'a plus travaillé la journée, et nous ne nous croisions que quelques instants au moment où l'équipe du jour laissait la place à celle du soir. Je me souviens pourtant d'une après-midi où il était en congé et qu'il a pourtant passée au C., sans but précis. Il s'était attablé à l'extérieur, et m'a même envoyé chercher parce que je ne sortais pas assez souvent à son goût. Mmh la petite victoire intérieure que ces mots ont provoqué chez moi... Et pourtant je n'en ai rien laissé transparaître, je me suis contentée d'aller jusqu'à lui et de lui dire que s'il voulait me voir il n'avait qu'à se bouger lui-même et s'installer à l'intérieur. Mais jamais je n'aurais pensé qu'il le ferait. Et pourtant si. Considérant le petit jeu de "je m'en fous - moi aussi" que nous jouions tous les deux (lui moins bien que moi, il faut l'avouer), cette capitulation m'avait laissée sans voix. Je me souviens avoir terminé la journée sur un petit nuage intérieur que je me suis bien entendu appliquée à camoufler.
Il y avait aussi les mardi. Ce jour-là, je ne travaillais pas, et je terminais les cours à 18h15. Lui commençait son service à 18h. Alors, avant d'aller prendre le train pour rentrer sagement chez moi, je passais quelques instants au C., soi-disant pour aller voir une amie qui travaillait elle aussi ce soir-là, mais en réalité je passais le plus clair de mon temps près de lui - à ce moment il était au bar. A cette heure-là, le café était calme, et si le patron n'était pas dans les parages, nous avions quelques minutes pour rire et se taquiner, lui jouant le Chicho et moi l'indifférente. C'est à ces moments-là qu'il me faisait manger des olives. Ah les olives... Il les embrochait sur un cure-dents et m'empêchait de les prendre moi-même. C'était lui qui devait me les mettres en bouche, sinon je devais m'en passer. Malheureusement, il a vite remarqué qu'à chaque fois qu'il tendait l'olive pour me la donner, je sortais le bout de la langue pour l'attraper - ça paraît étrange mais il semble qu'inconsciemment j'aie une relation sensuelle avec la nourriture, je vous passe les "mmmh" orgasmiques quand je mange de la mousse au chocolat, encore plus frustrants que je ne parviens pas à les contrôler, pour le plus grand bonheur de ma meilleure amie qui s'étouffe de rire à mes côtés... Je disais donc qu'il a vite fait de remarquer ce tic qui lui plaisait, il faut l'avouer, au plus haut point. Il s'amusait donc, le regard pétillant, à rapprocher l'olive de mes lèvres pour l'en éloigner au dernier moment, ne cédant que lorsque je faisais finalement mine de m'en aller par dépit. Ces moments, mis par écrit, semblent si futiles, et pourtant c'était pour moi quelques minutes de bonheur après une journée épuisante... J'aimerais tant revenir en arrière, et me trouver là à nouveau, de l'autre côté du bar, sentant qu'il me voulait, et refusant de lui donner ce qu'il désirait...
