Je me souviens...

[Un an et demi de ma vie à mettre par écrit... Parce que deux personnes qui s'aiment ne sont pas toujours faites pour vivre ensemble...]

Nom :
Lieu : Bruxelles, Belgium

19 avril 2006

Ce qu'on appelle violence, ce n'est rien. La séduction est la véritable violence. [Gotthold Ephraim Lessing]

Je me souviens... je me souviens, ce devait être le deuxième jour que je travaillais là... Le mois de septembre était ensoleillé et toutes les terrasses étaient sorties, et il était là, assis à une table devant laquelle je passais à chacune de mes allées et venues, avec deux autres collègues que j'apprendrai à connaître par la suite. Je me rappelle m'être sentie mal à l'aise par leurs regards insistants, je me rappelle qu'à chaque occasion ils m'appelaient pour me demander l'une ou l'autre chose: un café, un jus de melon, mon prénom, bientôt même le nom de mon chien... Il était là mais lui seul ne disait rien et pourtant, oui pourtant j'ai appris par la suite qu'il n'était certes pas le moins intéressé des trois...

Je me souviens d'un autre jour, un après-midi où il était à nouveau en terrasse, mais seul cette fois... J'étais venue, souriante, comme à mon habitude, et lui avais demandé ce qu'il désirait... Il désirait un café (avec deux laits, eh oui...) et il voulait aussi deux chiffres... Deux chiffres de moi pour gagner le gros lot... Mais le gros lot ce sera moi, même si en cet instant nous en sommes encore loin...

Il était le plus beau de tous ceux qui travaillaient là. Petit à petit, au fil de nos journées de travail en commun, j'ai appris à connaître les traits de son visage, ses yeux, sa peau couleur café, et son sourire, ô ce sourire... Combien de fois ne l'ai-je pas taquiné sur sa façon si particulière de sourire, d'abord d'un côté seulement (vers la gauche, toujours) pour ensuite s'étendre en un grand et irrésistible sourire, renforcé par ce regard sombre et profond sous lequel je me sentais fondre à chaque instant...

Avec le temps, j'ai aussi appris à le connaître lui, et s'il est vrai que j'ai rapidement senti son attirance envers moi, de mon côté je me suis appliquée à ne rien laisser paraître. Je ne voulais rien savoir à ce moment, et je sentais que même s'il me plaisait, nous n'étions pas faits pour être ensemble. Alors il jouait toutes sortes de jeux de séduction et tentait par tous les moyens de savoir enfin s'il me laissait réellement indifférente ou s'il n'en était rien... Si seulement il avait su en cet instant, je pense qu'il n'aurait fait qu'une bouchée de ma petite personne... Je sentais le danger qu'il représentait, je savais qu'il ne voulait rien de sérieux, je savais qu'il avait l'habitude de plaire et que le mur d'indifférence que je lui opposais devenait presque un défi à ses yeux... Il n'avait jamais eu l'habitute de courir après une fille, et je pense qu'il aurait aimé pouvoir m'envoyer tout simplement balader, mais apparemment ce n'était pas si simple...

Ensuite il n'a plus travaillé la journée, et nous ne nous croisions que quelques instants au moment où l'équipe du jour laissait la place à celle du soir. Je me souviens pourtant d'une après-midi où il était en congé et qu'il a pourtant passée au C., sans but précis. Il s'était attablé à l'extérieur, et m'a même envoyé chercher parce que je ne sortais pas assez souvent à son goût. Mmh la petite victoire intérieure que ces mots ont provoqué chez moi... Et pourtant je n'en ai rien laissé transparaître, je me suis contentée d'aller jusqu'à lui et de lui dire que s'il voulait me voir il n'avait qu'à se bouger lui-même et s'installer à l'intérieur. Mais jamais je n'aurais pensé qu'il le ferait. Et pourtant si. Considérant le petit jeu de "je m'en fous - moi aussi" que nous jouions tous les deux (lui moins bien que moi, il faut l'avouer), cette capitulation m'avait laissée sans voix. Je me souviens avoir terminé la journée sur un petit nuage intérieur que je me suis bien entendu appliquée à camoufler.

Il y avait aussi les mardi. Ce jour-là, je ne travaillais pas, et je terminais les cours à 18h15. Lui commençait son service à 18h. Alors, avant d'aller prendre le train pour rentrer sagement chez moi, je passais quelques instants au C., soi-disant pour aller voir une amie qui travaillait elle aussi ce soir-là, mais en réalité je passais le plus clair de mon temps près de lui - à ce moment il était au bar. A cette heure-là, le café était calme, et si le patron n'était pas dans les parages, nous avions quelques minutes pour rire et se taquiner, lui jouant le Chicho et moi l'indifférente. C'est à ces moments-là qu'il me faisait manger des olives. Ah les olives... Il les embrochait sur un cure-dents et m'empêchait de les prendre moi-même. C'était lui qui devait me les mettres en bouche, sinon je devais m'en passer. Malheureusement, il a vite remarqué qu'à chaque fois qu'il tendait l'olive pour me la donner, je sortais le bout de la langue pour l'attraper - ça paraît étrange mais il semble qu'inconsciemment j'aie une relation sensuelle avec la nourriture, je vous passe les "mmmh" orgasmiques quand je mange de la mousse au chocolat, encore plus frustrants que je ne parviens pas à les contrôler, pour le plus grand bonheur de ma meilleure amie qui s'étouffe de rire à mes côtés... Je disais donc qu'il a vite fait de remarquer ce tic qui lui plaisait, il faut l'avouer, au plus haut point. Il s'amusait donc, le regard pétillant, à rapprocher l'olive de mes lèvres pour l'en éloigner au dernier moment, ne cédant que lorsque je faisais finalement mine de m'en aller par dépit. Ces moments, mis par écrit, semblent si futiles, et pourtant c'était pour moi quelques minutes de bonheur après une journée épuisante... J'aimerais tant revenir en arrière, et me trouver là à nouveau, de l'autre côté du bar, sentant qu'il me voulait, et refusant de lui donner ce qu'il désirait...

17 avril 2006

Il n'y a pas de hasards, il n'y a que des rendez-vous. [Paul Eluard]

Je me souviens... Je me souviens qu'un an a passé. Dans sa vie et dans la mienne d'autres personnes sont entrées et ressorties, d'autres personnes qui nous ont fait grandir, qui ont joué le rôle qu'elles devaient jouer, bon ou mauvais...

Et me revoilà, un an plus tard, la jeune étudiante a besoin de sous et veut jouer à la grande. Je me présente dans les cafés à la recherche d'un job étudiant, et de tous ceux où j'ai postulé c'est celui où il travaille qui m'a répondu positivement. A ce moment-là je ne pense déjà plus à cette première rencontre, tout à la joie d'avoir trouvé ce que je cherchais, et je ne me doute pas encore de toutes les conséquences que cette décision aura sur ma vie.

Du premier jour où j'ai travaillé, je me souviens d'un mal de pieds intolérable, je me souviens des regards admiratifs de tous ces mâles en rut qui venaient de trouver une nouvelle proie, et moi qui ne me rendais pas encore bien compte du caractère malsain de leur intérêt pour moi. Et je me souviens surtout de la fin de la journée, où j'ai enfin pu m'asseoir, et où il se trouvait là, à la table "4", cette fameuse table ronde qui, avec la "34", étaient devenues presque qu'officiellement les tables du personnel. Il était assis là, vêtu de sa veste brune que j'apprendrai par la suite à reconnaître de loin. Je revois ses mains posées sur la table, ses mains que j'ai tout de suite aimées. Je me rappelle qu'il avait l'air mal à l'aise, que je ne savais pas trop quoi dire - moi qui suis pourtant si blablateuse en général. Il m'a dit son nom, et je n'avais pas bien compris. Il me l'a répété, en me donnant un moyen facile pour m'en souvenir. C'est étonnant quand on y repense, de se dire qu'il fut un temps où son nom n'était pas familier comme il l'est devenu ensuite, qu'un jour je l'entendais pour la première fois et que j'avais peur de ne pas parvenir à le retenir... Ensuite ce fut probablement un échange de quelques banalités, rien de bien passionnant, après quoi j'ai dû partir, et là encore, même s'il me plaisait déjà, ça n'allait - et n'irait - pas plus loin à mes yeux...

L'essentiel de la vie ce sont les êtres que l'on rencontre sur son chemin. [Anonyme]

Je me souviens de la première fois où je l'ai vu. Le genre de première fois dont on ne mesure pas l'importance. Peut-être que si ce jour-là j'avais su ce qu'il allait se passer ensuite, peut-être alors l'aurais-je regardé autrement... Mais à cet instant, il n'était qu'un bel homme parmi d'autres... Les regards que nous avons échangés cette fois-là sont allés ensuite se loger dans un recoin de ma mémoire, et y seraient restés, et peut-être même se seraient-ils effacés avec le temps, si seulement le destin n'avait pas fait en sorte que nos chemins se croisent à nouveau, un an plus tard...

Il travaillait dans un café de la ville où j'étais étudiante. Autrement dit deux mondes qui n'étaient pas censés se mêler plus qu'aux occasions où j'allais boire un verre entre amis. Il était ce jour-là au bar, un après-midi plutôt calme, et je me rappelle être allée jusque là, lui demander avec un grand sourire si j'avais droit à un autre chocolat... Eh oui, est-ce ma faute si je n'aime que le chocolat au lait et que, bien sûr, je m'étais retrouvée avec un chocolat noir? Evidemment, Mister Chicho (prononcez Tchitcho - le mâle beau, qui le sait, et qui aime jouer de son pouvoir de séduction - exactement lui, comme je me plaisais à le lui répéter par la suite, malgré ses affirmations du contraire), Mister Chicho disais-je me lança à son tour son plus beau sourire accompagné d'une petite phrase dont je ne me souviens plus mais qui devait vouloir dire que je pouvais me servir et qu'il ne pouvait rien refuser à une si jolie fille... Autrement dit, la routine du Chicho...

Et voilà, quelques échanges de regards plus tard, il était temps pour moi de retourner vadrouiller à mes occupations...

Comment une rencontre aussi insignifiante a-t-elle pu se transformer en une histoire aussi intense...?

I Remember...

    I Remember
    Written by: David "Ziggy" Marley

    Haunting memories won't leave me alone
    I remember you what you did to me I remember
    October November I remember what you did to me
    Hot night in summer I never forget the time in June I remember
    The love we had why make it look so bad I remember
    I remember the place I remember your face I remember it oh so well I remember
    I remember your touch I remember how much I remember how we felt
    All the good times were not for waste
    And we were never in any haste
    We grew to know each other well so well
    Our lives a story to tell
    I remember you what I did to you do you remember
    October November I remember what I did to you
    Hot night in summer I never forget the time in June I remember
    The love we had why make it look so bad I remember
    I remember the place I remember your face I remember it oh so well I remember
    I remember your touch I remember how much I remember when I remember now and then
    I remember
    I remember the place I remember your face I remember it oh so well I remember
    I remember y our touch I remember how much I remember how we felt I remember

    Melody Makers


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